L’art vendu

art contemporain

A partir du début des années 1960 il s’est produit en Occident dans le milieu de l’art un terrible changement, dont on n’a vraiment pris conscience que dix ans plus tard, et dont on n’a pu mesurer les effets néfastes que vingt ans après. Les causes une fois connues ont été peu à peu analysées, beaucoup d’articles et de livres ayant paru depuis sur les problèmes de l’art contemporains postérieurs aux années 1970.

Cette secousse dans l’histoire de l’art est principalement due à la coïncidence de la fin des avant-gardes artistiques avec le début de ce que l’on appelle les années-frime et l’énorme spéculation en matière d’art qui s’ensuivit, laquelle instaura de dommageables comportements perpétués depuis, qui changeront radicalement l’état d’esprit dans ce milieu à partir de ce moment là.

Un amalgame qui déclencha une des pires crises que l’art et les artistes aient jamais connu, l’art vivant y perdant beaucoup de son indépendance et de sa liberté d’expression, pour devenir une marionnette manipulée par des forces de l’argent.

Ainsi, l’art contemporain est soudain devenu un jeu pour nouveaux-riches cherchant une place en vue et on ne compte plus le nombre de m’as-tu-vu qui s’y investissent pour paraître régulièrement, ce qui n’a plus rien à voir avec le véritable collectionneur des époques précédentes à cette calamité. Bien évidemment, dans un tel contexte, apparut un nouveau type de galeriste, à l’image du nouveau client, tel que l’incarne à Genève Pierre Huber, qu’un des historiens de l’art les plus érudits du XXème siècle, Jean Clair – directeur du Musée Picasso à Paris -, qualifiera de « boutiquier de l’art ».

Mais comme l’a également très bien décrit le fameux critique new-yorkais Robert Hughes dernièrement, les deux maisons de ventes aux enchères Sotheby’s et Christie’s, sont pareillement responsables dans cette dérive. En acceptant, dans les conditions que l’on sait, tout un jeu d’enchères d’art contemporain après avoir asséché en une décennie le marché de l’impressionnisme, elles ont permis à ce que Hughes compare à des « bouc en rut », de s’affronter dans des salles de ventes rendues artificiellement prestigieuses, à coups de millions de dollars, non pour l’amour de l’art, mais pour satisfaire des pulsions de puissance qu’à ce stade de l’humanité on devrait qualifier d’animales.

Ridicule et destructeur, tant pour la valeur de la création que pour l’équilibre du marché. En l’espace de vingt ans, l’art que l’on appelle contemporain s’est perdu, s’et vendu à des tenants du pouvoir du néo-libéralisme en développement, lesquels se sont réjouis de tenir là un levier supplémentaire. L’art est devenu un produit de consommation courante, de luxe et à la mode.

Durant ce processus, le monde des officiels et fonctionnaires de l’art contemporain, surfant sur la vague de l’argent facile et de l’ambiance que cela génère, connut lui aussi une expansion factice. En multipliant les budgets culturels, les états et les collectivités se livrèrent à un tel excès de soutien à la surproduction artistique, qu’elle se banalisa plus vers une superficialité insipide généralisée appuyée par une indigestion médiatique sur papier glacé.

A force de vouloir faire du fric en ressemblant à ceux qui précédemment avaient su se servir avec valeur de la dérision, de l’illusion, de l’émotion et de la question, l’art contemporain post avant-gardes devint en grande partie nullissime et envahi par des hordes de fonctionnaires et officiels de l’art arrogants et incapables au service de l’argent-roi. Dès lors, des quantités de créateurs de talent individualistes et insoumis, disparurent de champ visible, en s’organisant tant bien que mal de façons marginales, parfois connectés à une résistance éparpillée.

Des milliers de croûtes fraîchement démoulées étalées en vente au grand marché de l’art contemporain à la place de la Bastille à Paris ou sur les boulevards du moche à Europ’Art Genève, au flot continu d’art officiel contemporain post-seventies massivement subventionné présenté non-stop dans toutes sortes d’espaces l’étant aussi, de tous côtés cet art s’est fourvoyé en une épidémie de platitudes et de non-sens on ne peut plus bêtement sublimés. C’est arrivés à ce point, de l’art con vendu à prix d’or, et pour la première fois de l’histoire de l’humanité, une invasion de laideur n’ayant plus aucun rapport avec la subjectivité des goûts artistiques personnels.

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