Carnet de voyage en Bolivie

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Après une étape mémorable au Pérou, nous rejoignons sans plus attendre un pays voisin, la Bolivie.

Arrivée en Bolivie

3 octobre

Nouveau mois, nouveau pays ! Nous quittons Puno, la dernière étape péruvienne vers 7h30 en direction de Copacabana, village bolivien situé en bordure du lac Titicaca. En cours de route, on se demande si l’on y fera étape cette nuit. Finalement, non, nous rachetons des tickets pour pousser jusqu’à La Paz, avec une arrivée prévue vers 17h. Longeant le lac Titicaca, la route Puno-Copacabana est superbe. Nous arrivons à la frontière, nous changeons nos derniers pesos en bolivianos (Bs), un coup de tampon au poste de police et de douanes du Pérou, et hop, nous pouvons sortir du territoire. Nous traversons la frontière à pied, il faut maintenant se faire tamponner par les autorités boliviennes. Les premiers paysages de ce pays sont magnifiques, bien sûr, c’est une certaine continuité de ceux du Pérou, mais nous apercevons les chaines de montagnes avec leurs sommets enneigés de la Cordillère Real (royale), parmi lesquels figure le majestueux sommet de Huayana Potosi à 6088 m d’altitude. Nous arrivons à midi à Copacabana, nous y faisons une petite pause déjeuner.

Puis, changement de bus (sans trop savoir pourquoi) et nous repartons pour La Paz. Dès les premières villes boliviennes traversées, la pauvreté est plus évidente, axes secondaires et constructions y sont plus sommaires qu’au Pérou. Nous arrivons à La Paz, la traversée de sa « grande banlieue » est assez longue. La ville est très étendue. La capitale la plus haute du monde, étagée de 3 200 à 4 000 mètres, est située dans un immense canyon aride et encaissé ; entourée d’une centaine de pics enneigés de plus de 5 000 mètres d’altitude. Lorsque nous arrivons aux bords du canyon, la vue panoramique est impressionnante, avec tous les immeubles de briques qui teintent toute la vallée d’une couleur orangée. Notre bus emprunte une des routes qui descend pour rejoindre le centre-ville. Il nous dépose en pleine rue et annonce « terminal » ! Bon, ça tombe bien, il s’agit du quartier où se trouvent les hôtels que nous avions repéré dans le guide. Nous en visitons un premier, au confort rudimentaire. Nous nous arrêtons dans un 2nd, aux chambres plus claires et coquettes. Le premier restaurant bolivien nous rappelle ses voisins péruviens, avec au menu classique une soupe et un plat de viande avec riz-légumes.

La Paz

4 octobre

Nous commençons la visite de la ville en nous rendant au syndicat d’initiative. Sur le chemin, nous rencontrons de nombreux policiers en uniformes quasi militaires, des agents de sécurité sont également présents à l’entrée des magasins et des immeubles. En sus des conseils de vigilance de l’hôtel et du syndicat d’initiative, on finirait par tomber dans la parano. La ville est plus cahoteuse que Lima. C’est un peu la jungle urbaine, ça monte, ça descend, il faut regarder là où on met les pieds, être très vigilants pour traverser la rue. Une fois de plus, les commerces sont concentrés par type, par quartier.

La Paz
La Paz

En bons français que nous sommes, nous ne trouvons pas très pratique de courir à un bout de la ville pour obtenir tel ou tel produit. Nous cherchons un supermarché, situé à une petite trotte qui nous fait découvrir une artère centrale assez moderne, avec des quartiers plus calmes à l’arrière. Après un déjeuner dans l’un des anciens restos préférés du Che, nous visitons le Musée de la Coca, cette fameuse feuille que nous dégustons en infusion depuis notre arrivée au Pérou (mate de coca). Bien sûr, c’est aussi cette fameuse feuille que l’on retrouve dans le Coca-Cola, dans certains médicaments et bien sûr à l’origine de la cocaïne. Ce petit musée est intéressant, nous apprenant combien la feuille de coca est un élément très important dans la culture indienne, et ce, depuis des millénaires pour les rituels religieux, de mariage, de santé et de magie, etc.

Et, on y apprend également comment ses dérivés ont plongé les pays d’Amérique Latine dans le trafic de la drogue encouragé par les pays riches USA, Europe… Pas facile pour chacun d’y trouver son compte, entre pratique ancestrale, et lutte contre ces dérivés illicites. Nous reprenons la visite de la ville, avec l’église San Francisco à la place très animée de multiples manifestations. Nous continuons par le quartier des marchés aux sorcières avec sur les étals, des herbes, des pierres magiques, des fœtus de lamas, … Intéressant ! Puis, nous terminons la journée en faisant le tour des agences pour avoir une idée des excursions proposées dans le Salar d’Uyuni.

Tiwanaku

5 octobre

Tiwanaku ou le Temple du Soleil. Pour cette deuxième journée bolivienne, nous sortons de la capitale pour visiter un site pré-inca, des ruines situées à 70 kms de La Paz. Inscrit au Patrimoine Mondial par l’Unesco, l’ensemble représente le symbole de la civilisation de Tiwanaku (de -1000 à 1100 après JC). C’est cette civilisation (et non celle des Incas) qui a inspiré Hergé pour l’album de Tintin : Le Temple du Soleil. Nous sommes donc impatients de le visiter pour y retrouver nos références de jeunesse. Mais nous sommes vite déçus. Comme souvent, nous comprenons facilement où et combien il faut payer (écrit en gros et traduit en anglais « pour les étrangers : … Bs), par contre, après on ne sait pas trop par où commencer. Le site comprend 2 musées et les ruines. Le 1er musée est un peu confus et poussiéreux, avec quelques notes en espagnol. Par contre, le 2ème est au ¾ fermé, nous en ressortons au bout de 10 mn.

Tiwanaku
Tiwanaku

Nous continuons la visite par les ruines où peu de chemins sont aménagés, on se demande où marcher sans abîmer. Le site est beaucoup moins bien conservé que ce que nous espérions. Les références à Tintin sont relativement minimes, elles se limitent à une gravure dans une pierre d’une porte, qui effectivement rappelle bien le dessin d’Hergé. Bon, soyons objectifs, même si les méthodes de conservation et d’exposition nous laissent perplexes, les vestiges que nous voyons nous démontrent une fois de plus la maîtrise par ces peuples des techniques de construction : des murailles parfaitement rectilignes, l’alignement identique de tous les édifices, la taille des pierres, et des techniques de maîtrise d’acoustique. Une des pierres est ainsi trouée de telle façon qu’en parlant normalement dans la cavité, le son est amplifié et permet d’être entendu à une trentaine de mètres. La démonstration est bluffante. Nous quittons le site assez tôt pour aller déjeuner dans le resto au pied du musée. L’accueil et le service sont tellement indifférents, que la question du pourboire de ne pose pas. Nous quittons Tiwanaku sans regret. Mais le chauffeur du taxi collectivo qui nous ramène à La Paz nous annonce un prix 2 fois supérieur à celui des locaux qui font le même trajet. Arrivés à destination, on lui laisse le vrai prix de la course, sans trop lui laisser le temps de réagir. Quelle tête il nous a fait !

La Paz

6 octobre

Nous quittons notre hôtel à 8h30 passés, et pour traverser la ville, c’est encore un peu la jungle. Nous passons de multiples stands de vente qui se mettent en place un peu partout dans les rues, les magasins ne sont pas encore ouverts. Comparé au Pérou, la journée semble commencer plus tard à La Paz, bien que le soleil se lève aussi vers 6h, nous verrons comment cela se passe dans le reste du pays.

La Paz
La Paz

Pour revenir aux marchés, ils semblent envahir des quartiers entiers de la capitale. Une fois de plus, tout est sectorisé, légumes, fruits, viande, casseroles, fringues, fleurs, … et malgré le capharnaüm apparent, la police (digne de Tintin et les Picaros) veille à ce que les stands ne dépassent pas des trottoirs. Les piétons sont renvoyés sur la chaussée où les voitures et collectivos continuent à rouler à vive allure. Encore une fois, couleurs et odeurs plus ou moins agréables sont au rendez-vous… Cette zone de marché concentre des stands de taille moyenne, sur des quartiers entiers. Mais dans toute la ville, et sur tous les trottoirs, sont installés des petits stands où l’on trouve de tout : du papier toilette, au cadenas, en passant par les cahiers ou des sacoches ; et bien sûr de la nourriture et des boissons (jus de fruit, café, etc.). On trouve également les petits cireurs de chaussures, des voyants… Ce commerce de rue est plus développé qu’à Lima, toute comme la mendicité. Par contre, les coups klaxons et les chiens errants sont communs aux deux pays.

Nous entamons aujourd’hui la visite de 4 petits musées sur l’histoire et le folklore bolivien. Cela nous permet de comprendre un peu mieux leur histoire, leur ancienne géographie, avec l’accès à la mer qui a été perdu au profit du Chili dans la guerre du Pacifique qui opposait ce dernier au Pérou et à la Bolivie (1879-83). Nous apprenons également que la tenue traditionnelle des Boliviennes est largement inspirée de la mode des européennes de l’époque coloniale et que le port de leur fameux chapeau-melon, a été lancé par un businessman anglais. Bien sûr, les formes et couleurs ont évolué en fonction des régions. Tous ces musées se trouvent dans des maisons coloniales superbement restaurées. Nous sommes dans l’ancien quartier colonial, sûrement l’un des plus charmants de La Paz. Il présente en effet une architecture homogène. Partout ailleurs, nombre d’antiques maisons coloniales isolées menacent de s’effondrer, d’autres ont déjà cédé la place à des édifices à l’architecture sans charme. Bruyante, relativement chaotique et animée de manifestations fréquentes, La Paz n’est pas vraiment la ville idéale pour se poser.

Route vers Sajama

7 octobre

Nous quittons la capitale pour nous enfoncer dans une région assez sauvage, et perdue (faut le dire), au Sud-Ouest de La Paz, le Parc National de Sajama. Pour cela nous prenons un premier bus à 8h30. Il nous faut plus d’une heure pour sortir de La Paz. Nous arrivons sur une nationale qui roule bien. Presque 3h de bus où l’on traverse l’altiplano, qui signifie « plaine d’altitude » en espagnol, et qui est situé au cœur de la cordillère des Andes. Nous dépassons des travaux d’autoroute qui semblent figés, quelques habitations éparses et peu de villages et de cultures.

Nous arrivons à Patacamaya, un bled paumé, traversé par la nationale. C’est ici que nous devons changer de bus. Un gentil commerçant nous indique l’endroit prévu. Ben oui, pas de panneau ou d’abri bus, faut se positionner au bon attroupement de population. Et y en a plusieurs le long de la route. Le départ est prévu à 13h, on a le temps de s’approvisionner dans l’épicerie, et de se restaurer. Plat classique : poulet grillé, riz, nouilles, et pommes de terre frites. Le tout est bien huileux. Par rapport au Pérou, nous remarquons que la cuisine bolivienne est plus grasse. L’accueil n’est pas des plus chaleureux et dans la rue, nous sommes observés, faut dire que nous sommes les seuls blancs de la ville. On sympathise tout de même avec une petite Mamy en attendant le bus, on rigole bien tous les 3 avec notre espagnol limité et son rire contagieux. Un bon moment.

Nous partons pour Sajama, le son est encore criard, quelle manie ils ont de toujours mettre le son de leur radio jusqu’à saturation. Mais heureusement, les superbes paysages nous distraient. Nous apercevons le Mont Sajama, majestueux, du haut de ses 6 540 mètres, il domine une vallée où broutent de nombreux troupeaux de lamas. Puis, nous traversons des terrains façonnés par l’érosion tels des petits canyons. Cela nous rappelle l’Amérique du Nord. Nous terminons le voyage par 1h de piste pour parcourir les derniers 11 kms. Arrivés au village de Sajama, on se dit qu’on est vraiment au bout du monde, au milieu de nulle part. Le « point info » renforce encore plus le sentiment d’isolement, la petite dame ne comprend rien à nos questions et ne semble pas trop savoir de quoi elle parle. Même armés de dessins, et de cartes, on ne se comprend pas ! On fait un petit tour dans le village, et ce sont les habitants qui répondent à nos questions. Nous dînons chez un jeune couple qui tient une épicerie-resto. Avec eux, leur bébé et la Mamy, nous récoltons 4 beaux sourires pour nos souvenirs d’aujourd’hui.

Parc National de Sajama

8-9 octobre

Sajama
Sajama

Nous quittons le village pour 2 jours de randonnée dans le Parc National de Sajama. Premier parc créé en Bolivie, en 1945, il s’étend autour du plus haut sommet du pays, le Mt Sajama. Sur ses flancs, on y trouve la plus haute forêt du monde (5 000 m d’alt.) constituée d’arbres nains : les quenuas; des troupeaux de lamas, d’alpagas et de vigognes (+ fines et + sauvages) ; et également des geysers et des sources d’eau chaude.

Dès la sortie du village, nous devons traverser la rivière et un troupeau de lamas qui nous dédaignent du regard. La pause photo s’impose donc ! Une fois l’appareil prêt à être rangé, une petite Mamy déboule en courant vers nous, elle veut nous racketter quelques Bolivianos, car les lamas seraient les siens, nous devons la rémunérer ! On repart, les paysages sont superbes, le Mt Sajama dans le dos, nous sommes au milieu d’une plaine, avec en face de nous 2 monts jumeaux, éclairés par la lumière matinale. Nous dépassons quelques pâtés de maisons, encore plus isolées que le village de Sajama lui-même. Nous faisons un petit arrêt près d’un enclos à lamas (un cercle de muret en pierre) ; mais deux chiens se mettent à aboyer et à courir dans notre direction. Nous repartons illico. Heureusement, un mini van qui arrive de nulle part les occupe et détourne leur attention de nous. Coup de chance ! Nous continuons la balade jusqu’aux geysers et source d’eau chaude. Le site n’est pas aménagé pour la baignade, mais un canard lui occupe bien les lieux. Nous pouvons piqueniquer dans un abri aménagé, un arc de cercle en pierre, un toit fait des grandes herbes sèches que l’on trouve partout ici, le tout ficelé en peau de lama. Cela nous abrite bien du vent, et nous dégustons nos pâtes à 4 400 mètres d’altitude. Nous repartons, la piste fait place maintenant à un petit sentier très sommaire qui se perd souvent dans la végétation.

Pas évident de se rendre compte du chemin qu’il reste à parcourir. Le petit schéma reçu au point info n’est pas une source sûre, et la carte du parc achetée à La Paz ne nous aide guère plus, car nous sommes hors plan ! Mais la marche continue, et plus on grimpe et plus l’altitude rend l’ascension difficile. Mais nous approchons des objectifs, nous apercevons le premier lac, posé en bordure de la frontière chilienne. Un panneau nous indique d’un côté « Chili » et au verso « Bolivie », nous nous amusons à passer la frontière ! Mais le site trop venté, n’est pas l’idéal pour piquer la tente. Nous poussons jusqu’au 2ème lac. Nico y aperçoit un troupeau de vigognes, mais très sauvages, elles disparaissent avant que Lili n’arrive, et oui, on a le souffle court à 5 000 mètres et elle ne gambade pas aussi vite que les petites bêtes du coin ! Nous trouvons un petit emplacement abrité pour la tente et on dîne d’une bonne soupe, il est 18h ! Il fait bientôt nuit. On fait la vaisselle dans le lac avec les canards qui pataugent à 2 mètres, on range les affaires, on s’emmitoufle sous de multiples couches et on se faufile dans les sacs de couchage. La nuit sera fraîche, il gèle. L’eau non évaporée de la vaisselle se transforme en glace. Mais, ça va, bien protégés, nous ne souffrons pas du froid.

Par contre, la nuit est un peu agitée pour Nico, et au petit matin, c’est Lili qui prend la relève. Pas facile, facile d’être malades en pleine nature ! Après un petit déjeuner léger car nous nous méfions de nos provisions, nous repartons vidés de nos forces à l’assaut de la dernière montée qui nous sépare du dernier et troisième lac de la rando. Les efforts sont pénibles à fournir, mais moment rigolo de la matinée, nous croisons un animal inconnu à ce jour, le viscacha, une sorte de lapin de haute montagne, avec une longue queue et des petites oreilles. Ils pullulent dans les rochers, et sautent partout. Quelle énergie de sitôt matin ! L’ascension s’achève enfin, nous atteignons le 3ème lac, posé entre les monts enneigés. Quelle sérénité, nous sommes seuls au monde. Nous entamons maintenant la descente, soudain un troupeau de vigognes dévale devant nous à toute allure, elles sont si rapides qu’on ne sait pas où elles réussissent à se cacher. Le terrain s’aplanie et l’altitude moins élevée, la rando s’achève plus facilement. Nous arrivons vers 16h aux sources thermales où nous pouvons nous baigner. L’eau est à 35°, il en fait 15° à l’extérieur. Dans ce remarquable décor naturel, ce bain chaud est bien appréciable après 2 jours de marche.

Route vers Cochabamba

10-11 octobre

Cochabamba
Cochabamba

Nous reprenons un minibus pour quitter Sajama et arrivons à Patacamaya vers midi. Nous attendons quelques temps pour trouver un bus qui nous emmènerait vers notre prochaine destination : Cochabamba. Les bus qui arrivent sont quasi pleins, et il faut jouer des coudes pour rentrer. Nous parvenons enfin à monter dans l’un d’eux. Mais du coup, nous avons dû sauter le déjeuner, pas grave, nous avons fait l’achat de 2 paquets de gâteaux et 2 petites bouteilles pour les 4h de trajet prévu. Mais c’était sans compter sur l’ardeur des Boliviens à manifester. Nous les avons vus à l’œuvre à La Paz, nous les voyons maintenant dans la région de Cochabamba. Nous traversons un premier mini blocage routier, avec quelques cailloux éparpillés sur la route, les chauffeurs de bus les dégagent et notre bus continue son avancée. Mais à peine 1h après le départ, nous nous retrouvons bloqués dans un bouchon de plusieurs kilomètres causé par un barrage routier. Nous sommes immobilisés pour une durée indéterminée, il est 16h. On nous confirme que cela peut durer toute la nuit, il faut donc restreindre le grignotage. Nous patientons, certains quittent le bus pour continuer à pied, quelques vendeuses improvisées nous proposent un café, la nuit tombe, on somnole puis on s’installe pour dormir. On y passe bien la nuit. Et enfin vers 7h, levée du barrage ! Tout le monde sourit ! Finalement, nous arrivons après 21h de trajet au lieu des 4h prévus à Cochabamba. Dès les sacs posés à l’hôtel, on se précipite au resto !

Cochabamba

11-12 octobre

Située à 2 500 mètres d’altitude, la 3ème ville du pays compte près de 700.000 habitants et bénéficie d’un climat relativement doux (20°). Sorte de capitale économique et régionale, Cochabamba se trouve entre les plaines et les sommets des Andes, au cœur de la région qui fournit une grande partie des fruits et légumes du pays. En se promenant dans ses rues, on se croirait presque dans un autre pays, tant elle est plus moderne et plus riche que la capitale. Ces changements sont visibles avec les types de commerces et l’urbanisme bien sûr, mais aussi et surtout avec l’apparence et les biens de ses habitants. Les Boliviennes portant la tenue traditionnelle sont moins nombreuses.

Elles arborent toujours deux longues nattes jusqu’au bas du dos, portent un tablier, une jupe à volants ou en velours, mais celles-ci sont plus courtes ici, elles ne tombent plus au milieu des mollets mais juste au-dessus des genoux. Des sandalettes plates ou des tongs remplacent les ballerines portées jusqu’ici. Et oui, il fait plus chaud ici. Ces Boliviennes sont Indiennes, il y en a beaucoup moins ici. On observe une mixité sociale frappante par rapport au Nord du pays, où les Indiens Quechuas ou Aymaras sont majoritaires. Nous voyons ici des peaux plus claires, des Blancs et des Noirs. Les effets de la colonisation espagnole sont plus visibles, avec les descendants des colons, métis et esclaves. Nous observons plus de voitures particulières également, alors que jusqu’ici 90% des véhicules comprenait bus, taxis et camions.

On trouve également des motos et des scooters, même conduits par des femmes. Ces dernières, pour les plus modernes, adoptent la mode occidentale. Les jeunes hommes sont plus stylés. Bref, une nouvelle image de la Bolivie s’offre à nous, moins traditionnelle et plus développée. Mais l’on y voit aussi la misère, la mendicité, et à la nuit tombée, nous croisons les enfants abandonnés qui sniffent de la colle sur les trottoirs. Tout n’est pas rose. La ville est encore animée de manifestations, il y en aura dans d’autres villes du pays ce jour-là. La Bolivie bouge et s’exprime. Nous ne comprenons pas tout mais, les mineurs, les exploitants de coca et les minorités indiennes manifestent souvent. La démocratie est en route.

12-13 octobre

Pour rejoindre la ville de Sucre, plus au Sud, nous embarquons dans un bus qui a déjà dépassé le million de kms. Relativement vétuste, les sièges sont défoncés, le moteur fait un bruit de tracteur, et chaque changement de vitesse est suivi d’un bruit suspect. Nous partons avec des provisions dans l’hypothèse d’un éventuel blocage routier, mais c’est peut-être plutôt la panne qu’il faut craindre. Finalement, nous arrivons à bon port, même s’il faut 11h de trajet pour effectuer les 360 kms, car c’est une route de montagne avec des portions de pistes. Effectuant le parcours de nuit, nous ne profitons pas du paysage.

Sucre

13 -16 octobre

Nous trouvons à Sucre un bon gite, l’hôtel est bien situé, les chambres sont agréables et surtout nous y faisons de bonnes rencontres. Ça tombe bien, nous sommes bloqués là jusqu’au weekend, élection nationale oblige. Nous avions prévu nous rendre dans une ville voisine où se tient le dimanche l’un des plus grands marchés boliviens, mais le jour de l’élection aucun bus ne circule et le marché n’a pas lieu. Nous restons donc à Sucre.

Sucre
Sucre

Capitale constitutionnelle de la Bolivie, Sucre dénombre 230.000 habitants et est située à 2 790 m d’altitude. La ville a su conserver ses édifices coloniaux, pas trop hauts, aux murs blancs, aux belles cours intérieures. Son architecture baroque lui vaut d’être inscrite au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Bien ensoleillée, elle bénéficie d’un temps relativement clément. Elle constitue pour nous l’une des villes les plus charmantes de Bolivie où il est agréable de se poser et se promener dans ses rues et ses parcs où l’on a trouvé une Tour Eiffel miniature ! La diversité ethnique est également plus marquée qu’au Nord, même si les Indiens semblent moins favorisés.

Nous visitons la Casa de la Libertad. Situé dans un ancien palais colonial bien restauré, le musée nous apprend un peu plus l’histoire du pays. Nous nous cultivons encore au Museo Universitaire, avec des collections de poteries des différentes civilisations précolombiennes, de costumes régionaux, de masques de carnaval. Nous sommes fascinés par les momies exposées et leur superbe état de conservation ; par des crânes aussi, ceux des classes supérieures étaient déformés, et sur certains d’entre eux, on peut observer des marques de trépanation, effectuées pour soigner les gens. Cette technique était semble-t-il bien maîtrisée, impressionnant !

Nous nous laissons tenter par l’une des spécialités de la région, la charcuterie avec de nombreuses sortes de saucisses et chorizos. Et nous savourons toujours les empanadas, ces petits pains fourrés de viande, légumes et bien assaisonnés.

Enfin, nous profitons d’une bonne convivialité à notre hôtel. Nous y rencontrons de nombreux routards et tourdumondistes. Les soirées sont bien sympas, on échange nos itinéraires et infos. Une soirée crêpe est organisée à l’initiative d’un couple Breton, bien sûr ! Le chocolat chaud et le vin bolivien coulent à flots. On déguste et rigole bien. Bonne compagnie, bonne soirée, bons souvenirs.

Potosi

17-18 octobre

Pour rejoindre Potosi depuis Sucre, le bus emprunte une route sinueuse où alternent des paysages de montagnes et des vallées désertiques ponctuées de cactus. A l’arrivée, Potosi nous semble être une ville aux faubourgs peu avenants et plutôt tristes, avec beaucoup de chantiers. Nous sommes déposés dans la nouvelle gare routière, flambant neuve, nous ne sommes plus habitués à tant de modernité. Pour rejoindre le centre-ville, nous empruntons un Collectivo où nous faisons la causette avec un médecin retraité. Bien habillé et aux très bonnes manières, il indique au conducteur là où nous déposer. Charmante rencontre.

Potosi
Potosi

Plus nous arrivons dans le centre, et plus cette ville se laisse s’apprécier. Située à 4 000 m d’altitude, avec 145.000 hab. Potosi est inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco pour son architecture baroque. Une fois les sacs posés, nous partons nous perdre dans les petites ruelles, apprécier les façades baroques des nombreuses églises et couvents. Cette foisonnante architecture s’est développée grâce aux richesses de la montagne Cerro Rico (colline riche) qui domine la ville. Elle a été nommée ainsi par les Espagnols. Ces derniers l’exploitèrent pendant 3 siècles pour en extraire de nombreux minerais (argent, zinc, étain, plomb, etc.) Le sous-sol bolivien est si riche qu’il pourrait en faire l’un des pays les plus riches d’Amérique Latine, mais le joug espagnol et l’instabilité politique qui s’en est suivie, en ont fait autrement. Au 17ème siècle, la mine de Potosi était tellement profitable, que la ville était aussi importante que Londres ou Paris de l’époque. Elle comptait plus d’habitants qu’aujourd’hui, et c’est à cette époque qu’elle s’est parée de ses beaux édifices coloniaux.

On peut visiter la mine qui est toujours en activité. Moins rentable aujourd’hui, plusieurs coopératives gèrent l’activité minière, employant près de 9 000 mineurs qui se relaient 24h/24, 7j/7. Pour la visite, nous apportons des cahiers et crayons, du coca-cola et des feuilles de coca pour offrir aux mineurs et leurs familles. Mais la distribution de ces petits cadeaux ressemble plus à des droits de passage. Nous nous ne sentons pas très à l’aise devant ces hommes qui travaillent dans des conditions qui rappellent Germinal. Eclairés à l’aide de lampes frontales, nous nous enfonçons dans les sombres tunnels, il faut baisser la tête, regarder où nous posons les pieds. Nous rencontrons une équipe de mineurs qui font leur pause. Le regard hagard, ils mâchent les feuilles de coca, qui aident à lutter contre la fatigue et la faim. Ils consomment également un alcool à 96°. Tous ces artifices doivent leur permettent de pouvoir tenir dans ces conditions difficiles.

La rencontre et l’échange avec ces mineurs est intéressante mais étrange également, le malaise d’être simple touriste n’est pas évident à assumer. Normalement, une partie de l’argent de l’excursion est reversée aux mineurs, mais bien sûr, on ne peut pas être certain du réel bénéfice reversé à ces derniers. Nous rentrons poussiéreux et l’esprit mitigé… Il nous reste maintenant une bonne douche à prendre, et cela fait penser que les mineurs ne doivent pas pouvoir en prendre tous les jours…

Autre visite intéressante, la Casa National de Moneda. Situé dans de superbes bâtiments bien restaurés, le musée explique l’ancienne fonction des lieux : la frappe de la monnaie de l’empire espagnol. On peut voir sur le plancher les marques d’usure des pieds des travailleurs, nous sommes épatés par l’ingéniosité des machines qui permettaient de transformer les lingots en fine lamelles, qui servaient ensuite à la création des pièces de monnaie ; et aussi par la sophistication des systèmes de sécurité des coffres-forts qui devaient ramener l’argent en Europe.  

Nous avons effectué toutes ces visites en compagnie d’Aurélie & Stéphane (originaires de Suisse) et de Célia & Nicholas (Français). Rencontrés à l’hostal de Sucre, nous continuons la route ensemble vers Tupiza pour préparer l’excursion du Sud Lipez et du célèbre et très attendu Salar d’Uyuni.

Tupiza

19-20 octobre

Installés tous les 6 à l’arrière du bus, nous nous faisons bien secoués pendant le trajet. Mais comme d’habitude, les Boliviens dorment facilement, et cela n’empêche pas l’un d’eux de s’endormir la tête posée sur l’épaule de Nicholas, comme c’est mignon ! Tout cela nous offre de bons fous rires. Arrivés à Tupiza, on ne se quitte plus, et faisons ensemble le tour des hôtels puis des agences pour dénicher une excursion dans le Salar à prix négocié bien sûr ! Le départ est fixé au surlendemain, nous en profitons pour se mettre à jour sur Internet. Mais en réalité, seules les filles travaillent (un peu !) tandis que les garçons sirotent une bière au bord de la piscine ! Le soir, on profite de la cuisine de l’hôtel pour se concocter un bon petit repas tous les 6. Agréable soirée, on apprécie autant l’ambiance que les bonnes saveurs partagées.

Sud Lipez & Salar d’Uyuni

21-24 octobre

Nous voici partis pour une excursion de 4 jours, nous sommes 13 touristes, avec 2 cuisinières, et 3 chauffeurs de 4×4. Nous commençons par la Quebrada Palala, à quelques kilomètres de Tupiza. Les formations rocheuses nous rappellent les parcs nationaux américains. Nous continuons le voyage, la faune nous offre des pauses photos avec des lamas, vigognes et émeus (sortes d’autruche). Nous nous arrêtons visiter les ruines d’un ancien village, puis un lac à plus de 4 800 m d’altitude. Après avoir vu des paysages aussi beaux que variés, la journée s’achève avec un joli coucher de soleil sur les montagnes.

Salar d'Uyuni
Salar d’Uyuni

La deuxième journée nous offre des paysages parmi les plus beaux jamais vus à ce jour. Nous sommes ébahis par les lagunes colorées. L’une d’elle est si verte qu’elle semble artificielle. Et pourtant, l’origine est bien naturelle, la pigmentation est due à la présence de magnésium. Nous faisons une halte dans des sources d’eaux chaudes. Avec une eau à 35°, nous profitons d’un bon bain dans un cadre naturel aux couleurs multiples. Puis, nous atteignons la Laguna Colorada, l’apothéose de la journée. Le lac est paré d’une eau rougeâtre et de milliers de flamants roses. On se croirait dans un documentaire. Les couleurs sont magnifiques, et cette vie sauvage qui se déroule sous nos yeux nous hypnotise. La coloration rouge de ses eaux est due à des sédiments de couleur rouge et aux pigments de certains types d’algues qui y vivent.

Sud Lipez
Sud Lipez

Nous entamons le 3ème jour dans un site aux roches de formes diverses qui se prêtent facilement à l’escalade et à la photographie. Une fois de plus, ce genre de site pourrait faire l’objet d’un parc national aux Etats-Unis. Nous nous arrêtons ensuite à la Laguna Negra, avec ces roches en forme de champignons et nous y retrouvons le viscacha, sorte de lapin avec une longue queue (déjà rencontré à Sajama). Nous déjeunons près d’un site qui nous offre une superbe vue sur un volcan. Nous enchainons avec un champ de coraux pétrifiés, témoignage d’une époque où la région était recouverte de mer. Et nous terminons la journée par la visite du site de la Galaxie. Il s’agit d’une grotte qui renferme des algues pétrifiées. Encore du jamais vu. Enfin, une jolie surprise nous attend pour la nuit, un hôtel de sel ! Tout y est en sel ou presque. Les murs sont construits en brique de sel, le sol est recouvert de sel, tables, tabourets, canapés et lits sont faits de sel. Bien sûr, ils sont agrémentés de nappes, coussins, matelas et couvertures. La décoration est soignée. On y passe une agréable soirée. Cette nuit là, l’observation du ciel étoilé y est fabuleuse, les étoiles sont si scintillantes et c’est encore l’occasion de constater qu’on ne voit pas le ciel de la même façon dans l’hémisphère Sud.

Nous quittons notre hôtel de sel avant l’aube et entamons notre progression sur le Salar. Peu à peu le ciel se pare de couleurs rougeâtres, une course s’engage entre les 4×4 et le lever du soleil. Nous atteignons l’île Incahuasi à l’aube. Nous grimpons ce monticule rocheux couvert de cactus. L’île est plantée au milieu du Salar d’Uyuni, la plus vaste étendue de sel du monde avec une superficie de plus de 12 000 km2. Arrivés en haut de l’île, nous assistons à un superbe spectacle avec le lever du soleil dans ce magnifique décor. La matinée s’enchaine avec des prises de photos sur le Salar, le soleil tape fort et la lumière si intense que le blanc du Salar est aveuglant sans lunettes de soleil. Nous terminons par Uyuni, ville assez sale et sans intérêt, hormis son cimetière de train assez insolite dans ce décor désertique. Par contre, la route pour rejoindre Tupiza compte parmi les plus belles de Bolivie, on se régale donc encore. Le coucher de soleil dans les montagnes offre une nouvelle fois des superbes images. Cette journée nous aura sûrement offert le lever et coucher du soleil les plus beaux jamais vus.

Avec le Parc de Sajama et le Salar d’Uynui, nous quittons la Bolivie avec en mémoire des paysages aussi insolites que magnifiques.

Direction l’Argentine pour de nouvelles aventures.

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